Cobra d'Afrique du Nord

Naja haje

Statut de conservation: Préoccupation Mineure
Tendance de population: En déclin
Situation critique au Maroc

Symbole fort de la biodiversité marocaine, le cobra d'Afrique du Nord est l'un des serpents les plus emblématiques et impressionnants du Maghreb. Prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, il joue un rôle essentiel dans l'équilibre des écosystèmes en régulant les populations de rongeurs. Pourtant, cette espèce autrefois répandue est aujourd'hui en net déclin. Elle est menacée par la dégradation de ses habitats, par les captures réalisées par les charmeurs de serpents, ainsi que par la peur qu'elle suscite, à l'origine d'une persécution intense. Devenu un symbole des tensions entre les communautés humaines et la faune sauvage, Naja haje incarne l'urgence de mettre en place des mesures de conservation adaptées et durables.

North African cobra headshot

Le Cobra d'Afrique du Nord (Naja haje) est un serpent venimeux et le seul représentant de la famille des Élapidés au Maroc. On le trouve également en Tunisie, en Libye et en Égypte, ainsi que dans la région du Sahel, du Niger à la Somalie. Il est également possible qu'une faible population intermédiaire subsiste encore en Algérie. La population marocaine, relativement isolée, présente des caractéristiques visuelles distinctes par rapport aux autres populations de l'espèce. Ces différences morphologiques ont conduit à ce que le cobra marocain soit longtemps considéré comme une sous-espèce (N. h. legionis), voire comme une espèce à part entière (Naja legionis). Cependant, en 2009, une étude menée par Trape et al. a démontré que les cobras du Maroc ne sont pas génétiquement distincts des autres populations d'Afrique du Nord et l'ont donc classé dans Naja haje. Par ailleurs, certaines autres sous-espèces de Naja haje ont été reclassées en tant qu'espèces distinctes1. À ce jour, plus aucune sous-espèce de Naja haje n'est officiellement reconnue.

Au Maroc, la taille des cobras ne dépasse généralement pas 1,50 mètres, bien que certains grands mâles puissent atteindre près de 2 mètres. À l'âge adulte, il arbore une couleur uniformément noire avec des reflets bronze qui apparaissent sur les flancs et, dans certains cas, remontent jusqu'au dos. Ses yeux sont entièrement noirs, et il possède une petite tache blanche sous la tête, un trait distinctif des spécimens marocains. Les juvéniles, en revanche, présentent une robe sable ornée de lignes ou de taches noires. Leur tête et leur coiffe sont déjà noires dès la naissance. Le museau du Cobra d'Afrique du Nord est arrondi et sa tête est couverte de larges écailles.

Le Cobra d'Afrique du Nord (Naja haje) est principalement connu pour être présent dans la région de Sidi Ifni, Guelmim et Tan-Tan, où sa densité serait la plus élevée. Son aire de répartition s'étendrait vers le sud jusqu'à Laâyoune et vers le nord jusqu'à Agadir, en remontant la vallée du Souss. On le retrouve également sur les contreforts occidentaux du sud de l'Atlas, de Ouarzazate jusqu'à la région de Tinghir51.

Bien qu'il vive dans des zones semi-arides, ce serpent semble privilégier les habitats légèrement plus humides. Il se réfugie souvent près des berges des rivières, sous les buissons ou dans des galeries souterraines creusées par des écureuils et des rongeurs.

Les cobras sont des prédateurs opportunistes dotés d'un grand appétit. Ils se nourrissent principalement de reptiles, d'amphibiens, de petits mammifères et, plus rarement, d'oiseaux3. Au Maroc, les cobras semblent consommer en grande quantité des couleuvres.

Ce serpent est doté d'une excellente vision et réagit très rapidement aux mouvements. Il est aussi vif et rapide, ce qui lui permet de fuir efficacement face à un danger. Lorsqu'il prend la fuite, il émet souvent un sifflement grave en expulsant de l'air, ce qui fait vibrer une petite structure en cartilage dans sa gorge2.

Sa célèbre coiffe, entièrement noire et relativement allongée, n'est pas uniquement un moyen de défense. Il lui arrive de l'étendre lorsqu'il prend le soleil, afin d'absorber plus rapidement la chaleur. Il peut aussi la déployer en fuyant, sans pour autant relever la tête.

Le Cobra d'Afrique du Nord adopte la posture classique du cobra, avec la tête redressée et la coiffe déployée, uniquement lorsqu'il est acculé et qu'il ne peut plus fuir. Dans cette situation, il cherche à impressionner l'agresseur en paraissant plus imposant, tout en émettant de puissants sifflements. Si la menace persiste, il effectue des charges d'intimidation en projetant son corps vers l'avant sur une distance pouvant atteindre 70 cm pour les plus gros individus. La plupart du temps, ces attaques sont réalisées la bouche fermée. Si le danger continue de s'approcher, le cobra peut alors tenter de mordre.

Bien que cette espèce soit très venimeuse, elle n'injecte pas systématiquement de venin lors d'une morsure. Le cobra contrôle et module l'injection en fonction de la situation. Ainsi, il ne mord véritablement avec injection de venin que dans les cas les plus extrêmes, lorsque toutes ses autres tentatives de dissuasion ont échoué.

Le déploiement de la coiffe avec la tête redressée est précisément le comportement exploité par les charmeurs de serpents. Pour y parvenir, le serpent est d'abord extrait de sa boîte, puis empêché de fuir afin de le contraindre à adopter cette posture défensive. Une fois dans cette position, il est maintenu dans un état de stress constant pour qu'il ne relâche pas sa vigilance. Ce stress est entretenu par les mouvements de va-et-vient du charmeur et de sa flûte, que le cobra perçoit comme une menace. À ses yeux, ces gestes imitent les déplacements d'un prédateur hésitant à l'attaquer, ce qui le pousse à rester en alerte et à maintenir sa posture impressionnante.

On sait peu de choses sur la reproduction du Cobra marocain à l'état sauvage. Il est supposé se reproduire au printemps et pondre entre 10 et 20 œufs, comme d'autres populations de Naja haje4.

L'espèce Naja haje est classée en « préoccupation mineure » (Least Concern) sur la liste rouge de l'UICN. Cependant, cette classification s'applique à l'ensemble de l'espèce et ne reflète pas forcément la situation au Maroc6.

Ce cobra semble avoir été beaucoup plus répandu au Maghreb autrefois qu'il ne l'est aujourd'hui. Son déclin est probablement dû à plusieurs facteurs :

  • La destruction de son habitat par l'urbanisation
  • La mise à mort systématique par la population locale
  • L'empoisonnement indirect après ingestion de rongeurs contaminés par des pesticides
  • Le prélèvement massif d'individus pour être vendus aux charmeurs de serpents6.

Dans certaines régions, le ramassage intensif par des chasseurs de serpents itinérants a conduit à une quasi-disparition locale de l'espèce.

  1. Trape, J.-F., Chirio, L., Broadley, D. & Wüster, W. (2009). Phylogeography and systematic revision of the Egyptian cobra (Serpentes: Elapidae: Naja haje) species complex, with the description of a new species from West Africa. Zootaxa, 2236: 1–25.
  2. Russell, A.P. & Bauer, A.M. (2021). Vocalization by extant nonavian reptiles: A synthetic overview of phonation and the vocal apparatus. The Anatomical Record, 304(7): 1478–1528.
  3. Shine, R., Branch, W.R., Webb, J.K., Harlow, P.S., Shine, T. & Keogh, J.S. (2007). Ecology of cobras from southern Africa. Journal of Zoology, 272(2): 183–193.
  4. Behler, J. & Brazaitis, P. (2007). Breeding the Egyptian cobra: Naja haje: at the New York Zoological Park. International Zoo Yearbook, 14: 83–84.
  5. iNaturalist. (2025). Naja haje observations in Morocco. Available from https://www.inaturalist.org/observations?taxon_id=30479. Accessed April 2, 2025.
  6. IUCN SSC Snake Specialist Group. (2021). Naja haje. The IUCN Red List of Threatened Species 2021.